L’anecdote du marteau 
avec Michaël Levinas est originale. 

Nous jouions avec Michaël Levinas (qui, en temps que compositeur, est très pointilleux) dans un programme comportant 3 quintettes avec piano. L’un d’entre eux était une version du « Masque de la mort rouge » de Caplet, oeuvre pour quatuor et harpe jouée cette fois-ci avec piano. Dans la pièce pour harpe, 12 coups de minuit sonnent à un moment, suivis d’un martèlement restituant des coups frappés sur une porte, c’est la mort qui passe. Ambiance garantie. Ces coups sont naturellement obtenus par la harpiste qui produit ces sons en frappant sur la caisse de résonance de la harpe. Evidemment avec piano, aucun endroit où frapper pour produire cet effet important. Cela pertubait grandement notre ami pianiste, qui après moultes tentatives en tous genres, avec le pied, la main, dans tous les endroits possibles du piano, opta pour utiliser un marteau pour frapper sous le clavier. Répétition générale, on vérifie bien le son du marteau, et tout étant prêt pour le concert, le marteau est laissé à côté du tabouret du pianiste. Nous commençons le concert par cette pièce, et au moment fatidique des 12 coups de minuit (accords de pianos), les coups sur la porte se transforment en bruits divers, coups sourds sur le couvercle, sous le clavier, sur le piano, avec le poing et les mains, une sorte de florilège de bruits en tous genres, tous plus burlesques les uns que les autres, accompagnés d’onomatopées étouffées. Ambiance garantie... Nous avons découvert après le concert qu’un machiniste, qui passait, avait tout simplement rangé un marteau qui traînait sur le plateau. 

 

Afrique 2007 : la tournée inoubliable 

Initialement prévue pour durer une dizaine de jours, la tournée africaine de 2007 s’est déroulée du 20 mars au 8 mai 2007. Ce voyage, mis en place sous l’impulsion d’un contact personnel au Mozambique, nous a fait traverser 14 pays, en autant de concerts, chaque pays visité amenant son lot de surprises et de mystères typiquement africains. 

Images en vrac :

– Bulawayo, aéroport, Zimbabwé Airways, compagnie aérienne sur liste noire, et son unique avion volant avec un carburant mystère... nous embarquons!

– Lusaka, Zambie, un dimanche matin, par une toujours belle journée, un match de polo, Zimbabwé/Zambie (6 à 2), dans une ambiance de films coloniaux des années 50.

– Khartoum, Soudan, concert «en plein air» 21h00. Malheureusement, il n’y a pas d’air, 38 degrés. Obligation de jouer avec 4 climatiseurs, chacun le sien, en EXTERIEUR! Les pupitres sont brûlants !

– Visite le lendemain, au nord du Soudan, du site fantastique des pyramides, au pays des Pharaons Noirs, 48 degrés sous abri, mais il n’y a pas d’abri.

– La perte, répétée, de la valise d’Arnaud, contraint de jouer en concert alternativement avec nos vêtements et les siens... Après plusieurs tentatives, on lui ramena finalement sa valise dans sa chambre d’hôtel... Pas de chance, c’était une autre valise!

– Le débat Royal/Sarkozy au milieu de nulle part, en pleine savane, chez des expatriés: un rapport à l’image différent...

– Un chamane prédisant un problème oculaire à la mère d’Arnaud. Celui-ci, téléphonant le lendemain à sa mère, lui conseille donc de consulter « sans poser de questions ». Examen fait, un virus foudroyant fut découvert et soigné juste en temps voulu.

– Le même chamane prédisant à Dominique une rencontre avec une certaine Suzanne: toute personne approchant Dominique se voit maintenant affublée de ce prénom. Dominique a fêté ses 32 ans de mariage... 

 

Quelques anecdotes africaines

L’arrivée à l’aéroport, dans tout pays africain, est un grand moment. Lieu de rencontre privilégié : les personnes qu’on y rencontre peuvent s’imposer incontournables pour les jours à venir.

– Un vendeur de masques, qui nous avait suivis pendant tout notre séjour à Bamako (Mali), fut la première personne rencontrée «par hasard» à la descente du bus, 500 kms plus à l’est, à Bobodioulasso (Burkina Faso). «Ah c’est toi?», fut sa première parole, et Arnaud, vaincu, acheta le fameux masque !

– Toute personne se présente à l’aéroport comme votre contact, voire votre ami, prêt à vous emmener où bon vous semble.

Un peu fatigué, Arnaud n’avait pas compris que la personne venue l’accueillir était réellement notre contact, repoussant gentiment cette personne, qui s’agitant de plus en plus, n’eut finalement d’autre choix que de chercher au fin fond de ses affaires pour trouver et agiter un badge d’une alliance française locale pour nous convaincre qu’il était bien là pour nous accueillir...

– L’arrivée dans les aéroports étant toujours contrastée, il n’y avait cette fois-ci personne pour nous accueillir. Pour patienter, Jean-Michel eut l’excellente idée de filmer l’aéroport de Dakar.

Une fois arrivé le véhicule «officiel» chargé de nous véhiculer, un gendarme rentra dans l’habitacle, tentant d’arracher le caméscope des mains de Jean-Michel, prétextant une atteinte à la sûreté nationale ! Profitant de la bousculade, Arnaud échangea ladite cassette enregistrée contre une cassette vierge, pendant que Jean-Michel affirmait n’avoir rien filmé, ce que le policier ne voulait évidemment pas croire. Emmené au poste de police de l’aéroport, et après confiscation de l’appareil, Jean-Michel fut convoqué le lendemain au tribunal pour visionner ... une cassette vierge !

La cassette enregistrée est restée enterrée dans un gros pot de fleurs, à la sortie de l’aéroport, jusqu’à l’étouffement de l’affaire.

– En Afrique, tout le monde est musicien. Forts d’expériences précédentes approximatives, nous avions apporté le quatuor n°2 «Company» de Philip Glass, une forme de musique répétitive, permettant d’inviter d’éventuels musiciens à partager une «expérience musicale». Ce fût le cas avec Dias, un musicien rencontré à Niamey, qui, en transe, participa à l’»expérience» en jouant d’un instrument de sa composition, à base de conserves et de fils de fer. Fascinant, mais comme toute expérience, cela ne marche pas toujours!

– Heureusement, quelquefois cela fonctionne mieux, voire au-delà de toute espérance. Alors que nous étions rejoints sur scène à Dakar par Adama Dramé, célèbre joueur de djembé, le quatuor de P. Glass fut joué à 5 dans son intégralité, Adama se jouant des changements de rythmes avec aisance et finesse, sans envahir l’espace. Un grand moment. Lui nous ayant invités à le revoir au Burkina, la semaine suivante, nous fûmes reçus dans sa maison, autour de sa famille, pour partager un repas fantastique. Nous lui avions fait livrer le matin même un cadeau pour le remercier, un mouton !

– Le quatuor de Philip Glass ne convenant pas à toutes les transformations, c’est à Bamako que le second mouvement du quatuor de Schubert «La jeune fille et la mort» a bénéficié de l’ajout d’une Kora, sorte de harpe africaine, réussissant le tour de force à demeurer inspiré et audible. C’est la force des grands chefs-d’oeuvres de la musique de chambre, mais aussi de ce grand joueur de Kora qu’est Toumani Diabaté!

 

Premier concert d’Arnaud

Le premier concert d’Arnaud au sein du Quatuor fut une véritable performance ! Lors du remplacement de notre premier violon, à l’été 2001, nous avions décidé de procéder pendant une période d’un an à une répartition des concerts entre les 2 violonistes, en fonction des programmes. Lors de la tournée annuelle aux USA, en janvier 2002, nous devions donner, en plein milieu de la tournée, un concert au Musée d’Art Moderne de Los Angeles, avec un programme qui comportait notamment «La Suite Lyrique» d’Alban Berg, que nous n’avions pas jouée en intégralité jusqu’alors : nous avons donc décidé de confier ce concert à Arnaud. Ce concert avait dû être spécialement préparé lors d’une résidence d’une semaine début janvier, car il n’y avait pas la possibilité de répéter ensuite. Tel en était le «monstrueux» programme: Schönberg: 3e quatuor - Webern: les 5 mouvements - Berg: Suite Lyrique

En tournée depuis 10 jours, notre quatuor est arrivé vers 16h30 à la salle de concert, où nous avons retrouvé Arnaud, arrivé la veille de Paris et qui gérait un décalage

horaire de 9 heures. Nous avons donc joué ensemble : un concert exceptionnel. Nous avons d’ailleurs été réinvités chaque année dans cette série. Anecdote qui scella l’ambiance générale à venir : la mèche de l’archet d’Arnaud se détacha sur scène, après 20 secondes de musique, obligeant Arnaud à quitter la scène pour prendre un autre archet... qu’il n’avait pas... il a dû ainsi jouer un deuxième archet appartenant à Jean-Michel ! Jean-Philippe a ramené Arnaud le lendemain matin à l’aéroport de Los Angeles, pour son retour à Paris. Voilà ce que l’on peut appeler « un concert à risque ».

 

L’enregistrement Honegger

L’enregistrement des «6 poésies de Jean Cocteau» d’Arthur Honegger fût une «sacrée surprise». Comme souvent, la première difficulté d’un enregistrement consiste à se procurer les partitions. Ces poésies ont été adaptées pour quatuor à cordes et baryton par Arthur Hoérée, un ami musicien d’Honegger, d’après l’original pour piano et voix. Les Editions Salabert nous envoyant les partitions, nous préparons l’enregistrement avec Jérôme Corréas, notre baryton. Bizarrement, de légers blancs musicaux subsistent, des répliques sont présentes dans les partitions individuelles mais n’apparaissent pas chez les autres musiciens. Nous pouvons vérifier sur la version originale que le piano joue quelques phrases non reprises dans l’arrangement pour le quatuor.

Décidant d’améliorer l’arrangement de Hoérée, nous rajoutons délibérement quelques lignes mélodiques.

Voici finalement l’enregistrement terminé et le cd prêt à être gravé.

Très peu de temps après, un voisin contrebassiste de Dominique, qui avait participé à ce disque dans le dixtuor d’Honegger, lui révèle avoir écouté un jour un disque des «Poésies» comprenant un quatuor à cordes, une voix et une flûte. Branle-bas de combat général !

Nous rappelons Salabert, qui nous confirme que le matériel est complet en l’état...

Ayant renoué un ancien contact avec les descendants d’Honegger, nous apprenons l’existence d’une partie de flûte, conservée avec le reste des partitions originales par la famille.

Nous en obtenons une copie et décidons donc de réenregistrer les «6 Poésies». 

Nous relouons le lieu d’enregistrement et invitons notre ami Philippe Bernold à participer à ce nouvel opus, qui joue finalement la p(?) des lignes mélodiques que nous avions rajoutées.

En guise de conclusion: Salabert avait loué depuis des dizaines d’années un matériel incomplet, et n’avait jamais eu la partie de flûte en sa possession, un flûtiste indélicat ayant un jour subtilisé cette partition. Nous avons mis Salabert en contact avec la famille Honegger afin qu’il complète l’édition. Ces poésies avaient bien été adaptées pour quatuor à cordes, baryton et flûte par Arthur Hoérée.

Nous avons conservé la version sans flûte, un collector inutile!

 

Le violoncelle en voyage

Le violoncelle voyage toujours à bord de l’appareil, une place supplémentaire étant systématiquement achetée.

La tournée Arabie Saoudite/Emirats fut la seule tournée où cela ne fut pas le cas, hélas... Pour ce voyage, exceptionnellement, l’accès à bord du violoncelle était libre si l’avion n’était pas complet.

Dans cette partie du monde en 1992, les lignes aériennes étaient moins fréquentées.

Premier vol «intérieur», Riyad/Doha, vol complet. L’aéroport est rempli de jeunes athlètes, le ballet du Bolchoï est en tournée, Jean-Philippe prendra le vol suivant.

3 jours plus tard, Doha/Abu Dhabi, vol complet...

Lors de cette tournée, Jean-Philippe a voyagé seul avec son violoncelle, sur un vol suivant celui de ses 3 amis et arrivant la plupart du temps en fin de journée.

Le ballet du Bolchoï se produisait dans les mêmes villes aux mêmes jours que le quatuor, et à chaque vol, il envahissait l’aéroport ! 

St Louis-Chicago: Sortir d’une salle de concert sous les applaudissements du public, quel plaisir, mais c’est beaucoup plus rare en traversant la même salle, montant sur scène avec nos valises...

Rejoindre St Louis depuis Chicago en voiture, quand ce n’est pas prévu, entraîne quelques complications d’horaires. Il n’y avait pas encore de GPS en 1996.

Le voyage prévoyait un vol tranquille entre ces 2 villes, mais quand on est évacué d’un avion, une mitraillette sur le ventre, il vaut mieux changer de plan de route.

Nous remercions au passage le commandant de bord d’une compagnie aérienne américaine maintenant disparue, qui a favorisé cette situation. Il ne supportait pas la présence d’un violoncelle à bord, trop dangereux !

 

Les 2 concerts manqués en 30 ans 

Les musiciens ont cette particularité de monter sur scène, quoiqu’il arrive, même avec une santé provisoirement défaillante, l’influx d’un concert anesthésiant toute maladie. 

Deux concerts seulement ont été annulés en 30 de carrière.

A Oklahoma City, la société de musique de chambre a établi une clause particulière, tout musicien doit être présent la VEILLE du concert !

La veille de cette décision, nous rentrions d’un concert au nord de New York, en pleine nuit, sous la neige.

Après une bonne heure de repos tout habillé sur un lit d’hôtel, départ à 4H du matin pour l’aéroport, enneigé bien sûr.

Très classiques aux USA, les retards dans les aéroports sont le lot quotidien de milliers d’usagers, mais il y a souvent une solution alternative qui s’impose.

Ce jour là, nous sommes restés bloqués par la neige à New York, sans aucun vol pour rejoindre le lointain Oklahoma, et avons décidé de nous rendre directement dans la ville suivante.

C’était un dimanche après midi à 16H00 et les spectateurs nous ont attendus, bien que l’organisateur n’ait été prévenu que quelques heures avant le concert.

Nous avons joué en novembre 2012 pour la 5è fois dans cette ville, arrivant une fois de plus un samedi soir !

Quitter Lagos en 1991 était relativement compliqué, il fallait impérativement arriver à l’aéroport 4 à 5 heures avant le vol prévu, car l’avion pouvait décoller beaucoup plus tôt...

Présents à 7h00 du matin au cas où, nous avons décollé finalement à minuit trente, destination Accra, Ghana.

Evidemment, aucun bagage n’avait eu le temps d’être embarqué, et nous nous retrouvâmes à attendre nos valises au Ghana les jours suivants, nous produisant dans une «ancienne société de musique de chambre britannique» habillés comme des gueux !

Le jour du départ pour rejoindre l’étape suivante, la Guinée, que faire ? continuer le voyage toujours sans valise ?

Décision fut prise de prévenir par télégramme « URGENT », la seule communication possible, l’ambassade de France de Guinée-Conakri que le quatuor arriverait avec un jour de retard.

C’était un premier mai... Bonne nouvelle, les valises furent livrées le lendemain et nous pûmes prendre l’avion pour la Guinée.

A l’arrivée, personne, hormis des milliers de personnes désirant nous prendre en taxi.

Arrivée à l’ambassade, coincés dans un véhicule minuscule, avec nos instruments et nos valises débordant du toit absent !

Introduits dans un bureau de ministre, c’est sous un flots de reproches que nous rencontrons l’un des organisateurs du concert de la veille, un concert de gala pour lequel une majorité des ambassadeurs avaient été invités, une église louée, un bloc électrogène prévu en cas de coupure de courant.

Les personnes présentes nous avaient attendus très tardivement, tandis que l’organisateur, à l’aéroport, nous espérait sortant d’un avion en provenance de tous les pays voisins.

Explication simple: le 1er mai, il fallait envoyer un télégramme en « IMMEDIAT », un simple « URGENT » n’avait aucune chance d’être lu dans la journée. Il fut découvert le 2 mai, tranquillement dans la journée.

Rappelons qu’aucune ligne téléphonique n’était fonctionnelle entre différents pays
africains.

Dans l’impossibilité de reproduire ce concert le soir même, nous sommes repartis à l’aéroport pour l’étape suivante: le Burkina Faso, qui venait d’entrer en conflit avec la Mauritanie... Nous avons pris le seul vol disponible: Conakry/Bruxelles... quitte à se débrouiller ensuite pour rejoindre Paris.